Le TDAH et la malédiction des Kennedy

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Le TDAH et la malédiction des Kennedy

Depuis des décennies, la famille Kennedy fascine autant par son ascension politique que par l'accumulation de drames qui ont marqué plusieurs générations. Assassinats, accidents d'avion, comportements à risque, morts prématurées : l'expression "malédiction des Kennedy" est entrée dans l'histoire populaire américaine. Pourtant, derrière cette formule se trouve une hypothèse bien plus inattendue, évoquée par un médecin légiste et examinée dans plusieurs publications : le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH.

Une hypothèse inattendue dans un documentaire médico-légal

C'est un épisode de Hollywood Autopsy, diffusé sur Planète+ Crime, qui a attiré mon attention sur cette histoire. Le docteur Michael Hunter, médecin légiste américain spécialisé dans l'analyse rétrospective de décès célèbres, s'intéresse à la disparition de John Fitzgerald Kennedy Jr., le fils du président américain assassiné en 1963.

Le 16 juillet 1999, John Kennedy Jr. prend les commandes de son avion privé, un Piper Saratoga, accompagné de son épouse Carolyn Bessette-Kennedy et de sa belle-sœur Lauren Bessette. Ils doivent rejoindre Martha's Vineyard, une île située au large du Massachusetts. L'appareil s'abîme dans l'océan Atlantique au cours de la soirée. Les trois occupants périssent dans l'accident. John Kennedy Jr. n'a que 38 ans.

Pour les Américains, le choc est immense. Ils ont connu cet homme alors qu'il était encore un petit garçon, photographié saluant le cercueil de son père le jour de ses funérailles. Ils l'ont vu grandir, devenir avocat, fonder un magazine et construire sa propre existence sous le poids d'un nom célèbre.

Sa disparition ravive immédiatement l'histoire de la malédiction familiale.

Mais dans son enquête, Michael Hunter évoque un élément qui mérite une attention particulière : John Kennedy Jr. présentait un TDAH, et certains comportements observés dans la famille pourraient être associés à des caractéristiques de ce trouble.

Cette piste soulève une question : une prédisposition neurodéveloppementale transmise au fil des générations aurait-elle pu contribuer à certaines décisions dangereuses prises par des membres de cette famille ?

L'idée peut sembler surprenante. Elle a pourtant été développée bien avant la diffusion de ce documentaire.

Une succession de tragédies

Pour saisir l'origine de cette hypothèse, il faut revenir sur l'histoire familiale.

En août 1944, Joseph Patrick Kennedy Jr., frère aîné du futur président, meurt à 29 ans pendant la Seconde Guerre mondiale. Pilote de l'aéronavale américaine, il s'était porté volontaire pour une opération particulièrement dangereuse. Son avion, chargé d'explosifs et destiné à être utilisé contre une cible allemande, explose prématurément.

Quatre ans plus tard, en 1948, Kathleen Kennedy, sœur de Joseph et de John, trouve la mort dans un accident d'avion en France. Elle a 28 ans.

En novembre 1963, le président John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas. En juin 1968, son frère Robert Kennedy est à son tour assassiné, à Los Angeles, alors qu'il mène campagne pour l'élection présidentielle.

En juillet 1969, un autre drame secoue la famille. Le sénateur Edward Kennedy, surnommé Ted, quitte une soirée en voiture avec Mary Jo Kopechne, une jeune collaboratrice politique de 28 ans. Le véhicule tombe d'un pont sur l'île de Chappaquiddick. Ted Kennedy parvient à sortir de la voiture, tandis que Mary Jo Kopechne meurt noyée. Le sénateur tarde plusieurs heures à signaler l'accident aux autorités.

Les décennies suivantes apportent d'autres tragédies. David Kennedy, fils de Robert, meurt d'une overdose en 1984. Son frère Michael décède en 1997 après avoir percuté un arbre lors d'une descente à ski. Puis survient l'accident aérien de John Kennedy Jr. en 1999.

C'est cette accumulation d'événements qui nourrit l'idée d'une famille poursuivie par un destin tragique.

Pourtant, lorsqu'on examine individuellement ces événements, leurs circonstances sont très différentes. Certains membres ont été victimes de violences extérieures. D'autres sont morts pendant une guerre, dans des accidents ou à la suite de problèmes de santé. Plusieurs décès impliquent aussi des choix personnels et des comportements dangereux.

La formule de « malédiction » rassemble ainsi sous une même histoire des événements qui possèdent chacun leurs causes propres.

Et c'est précisément à partir de certains de ces comportements que l'hypothèse du TDAH a été formulée.

En 2005, Wade M. Nye pose une question

En 2005, Wade M. Nye publie un texte intitulé ADD: The Real Kennedy Curse?, que l'on pourrait traduire par "Le trouble de l'attention : la véritable malédiction des Kennedy ?".

Son raisonnement repose sur une observation : les biographies de plusieurs membres de cette famille décrivent des personnalités extrêmement actives, attirées par les défis, parfois impulsives, et dont les décisions semblent régulièrement associées à des situations comportant des risques importants.

Nye rapproche ces comportements de manifestations connues du TDAH, notamment les difficultés de régulation de l'impulsivité et certaines formes de recherche de stimulation.

Il s'intéresse particulièrement aux membres de la famille qui pratiquaient des activités dangereuses.

Joseph Kennedy Jr. s'était volontairement engagé dans une mission militaire à haut risque. John Kennedy avait servi dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale, commandant notamment le célèbre patrouilleur PT-109. Michael Kennedy participait à un jeu de football sur skis lorsqu'il a eu son accident fatal. Quant à John Kennedy Jr., il avait décidé d'entreprendre un vol nocturne alors que sa formation au pilotage aux instruments était encore inachevée.

Nye se demande si ces prises de risque répétées pourraient avoir un dénominateur commun.

Il propose une interprétation fondée sur la possibilité d'un TDAH familial, susceptible d'influencer certains comportements à travers les générations.

Cette publication constitue une réflexion argumentée, nourrie par des biographies et des connaissances sur le TDAH. Elle ne repose toutefois sur aucune évaluation clinique systématique des membres de la famille Kennedy.

Elle contient aussi des rapprochements qu'il serait aujourd'hui nécessaire d'examiner avec davantage de prudence. Le courage militaire, le goût de l'aventure, les difficultés conjugales ou la désobéissance à des recommandations peuvent avoir des origines extrêmement diverses.

La prise de risque, à elle seule, ne constitue pas un diagnostic.

Ce texte reste intéressant parce qu'il introduit une question alors peu discutée dans le grand public : celle de la présence possible d'un trouble neurodéveloppemental dans une famille dont l'histoire est habituellement abordée sous un angle politique ou tragique.

John Kennedy Jr. : un TDAH évoqué dans plusieurs biographies

Le cas de John Kennedy Jr. est particulièrement important, car il existe des témoignages biographiques faisant état d'un diagnostic de trouble de l'attention posé durant sa jeunesse.

Dans un article publié par Vanity Fair en 2003, Edward Klein rapporte, à partir de témoignages de proches, que Jacqueline Kennedy Onassis avait consulté des spécialistes pour son fils.

John présentait des difficultés scolaires et des problèmes de lecture. Selon ce récit, une spécialiste aurait diagnostiqué un trouble du déficit de l'attention, alors couramment appelé ADD aux États-Unis, ainsi qu'une dyslexie.

Du méthylphénidate, commercialisé notamment sous le nom de Ritalin, lui aurait été prescrit.

L'article rapporte également qu'il aurait poursuivi ce traitement pendant une partie importante de sa vie, avec des résultats variables selon les témoignages recueillis.

Le jeune John rencontre des difficultés dans sa scolarité, notamment à la Phillips Academy d'Andover, où il doit redoubler une classe. Il poursuit néanmoins ses études, obtient son diplôme de Brown University et finit par réussir l'examen du barreau après plusieurs tentatives.

Ce parcours présente des éléments familiers pour de nombreuses personnes TDAH : des capacités certaines, des ambitions, des intérêts marqués, accompagnés de difficultés qui peuvent être interprétées par l'entourage comme un manque d'application ou d'organisation.

Des témoignages le décrivent aussi comme distrait, régulièrement en retard et susceptible d'égarer ses affaires.

Ces informations proviennent de récits biographiques et de proches plutôt que de dossiers médicaux rendus publics. Elles apportent des éléments plus directs que de simples suppositions fondées sur sa personnalité, tout en laissant subsister une incertitude sur le détail de son diagnostic et de sa prise en charge.

Un élément mérite d'être souligné : le TDAH n'avait manifestement pas empêché John Kennedy Jr. d'avoir une vie professionnelle, intellectuelle et sociale riche. Il avait construit une carrière et fondé le magazine George, mêlant politique et culture populaire.

Son parcours rappelle que les difficultés liées au TDAH peuvent coexister avec des compétences développées et des réalisations importantes.

Et John Fitzgerald Kennedy ?

C'est ici qu'une publication scientifique de 2022 apporte un éclairage supplémentaire.

Le 8 octobre 2022, quatre chercheurs japonais, Satoshi Kasahara, Ko Matsudaira, Naoko Sato et Shin-Ichi Niwa, publient dans la revue médicale Clinical Case Reports une étude intitulée Attention-Deficit/hyperactivity disorder and centralized pain: A review of the case of John F. Kennedy.

Leur objectif initial est d'examiner l'hypothèse d'un TDAH chez l'ancien président américain et son association possible avec les douleurs chroniques dont il a souffert durant une grande partie de son existence.

Pour cela, les chercheurs s'appuient sur les biographies de John Kennedy, notamment celles de Robert Dallek et de James MacGregor Burns.

Ils y retrouvent de nombreux témoignages concernant son comportement depuis l'enfance.

John Kennedy semble avoir eu des difficultés importantes à maintenir son attention sur les tâches qui l'intéressaient peu. Ses enseignants évoquaient son manque d'organisation, ses oublis, ses retards et sa tendance à travailler au dernier moment.

À l'inverse, il possédait une mémoire remarquable pour certains sujets. Ses collaborateurs décrivaient sa capacité à retenir des conversations, des faits historiques et des correspondances avec une grande précision, tout en s'étonnant de sa difficulté à retrouver certains objets ou documents personnels.

Il pouvait retenir une information politique complexe et perdre le discours qu'il devait prononcer.

Les biographies font aussi apparaître une agitation physique régulière. Kennedy manipulait des objets, remuait les mains et changeait fréquemment d'activité. Il supportait difficilement l'attente et semblait rechercher un rythme de vie particulièrement soutenu.

L'une des descriptions reprises dans l'étude le présente comme un homme constamment en mouvement, éprouvant une difficulté manifeste à ralentir.

En rapprochant ces observations des critères diagnostiques du DSM-5, les chercheurs estiment retrouver huit manifestations d'inattention sur neuf, ainsi que cinq manifestations d'hyperactivité ou d'impulsivité sur neuf.

Ils avancent donc l'hypothèse d'un TDAH de présentation combinée.

Il s'agit d'un résultat intéressant, notamment parce que les comportements décrits dépassent la simple image d'un homme ambitieux ou énergique. Plusieurs correspondent à des difficultés rencontrées dans différentes situations de sa vie quotidienne.

Mais il faut conserver la nature exacte du travail scientifique : les chercheurs ont réalisé une analyse rétrospective de documents historiques. John Fitzgerald Kennedy, mort en 1963, n'a évidemment jamais été évalué selon les critères actuels du TDAH.

Leur publication propose un diagnostic hypothétique, dont ils reconnaissent eux-mêmes les limites.

Les douleurs chroniques de JFK

L'étude de 2022 contient un aspect moins médiatisé, qui mérite pourtant qu'on s'y attarde.

John Fitzgerald Kennedy souffrait de nombreux problèmes de santé, dont des douleurs lombaires chroniques particulièrement invalidantes. Il a subi plusieurs interventions chirurgicales du dos et utilisé différents traitements pour tenter de soulager ses douleurs.

Les auteurs de l'étude examinent la possibilité d'un lien entre le fonctionnement neurobiologique associé au TDAH et certaines formes de douleurs chroniques, notamment les douleurs dites centralisées, dans lesquelles les mécanismes du système nerveux central interviennent dans la perception et la régulation de la douleur.

Ils s'intéressent notamment au rôle de certains neurotransmetteurs, comme la dopamine et la noradrénaline, impliqués à des degrés divers dans les fonctions attentionnelles et dans les systèmes de modulation de la douleur.

Le sujet dépasse largement le cas Kennedy. Des travaux médicaux explorent depuis plusieurs années les associations possibles entre TDAH, douleurs persistantes et difficultés de régulation neurologique.

Cela signifie qu'une personne peut présenter plusieurs problématiques liées à des mécanismes biologiques qui interagissent, sans qu'une seule condition soit nécessairement responsable de toutes les autres.

Les auteurs suggèrent que le TDAH aurait pu contribuer à certaines difficultés de santé de JFK. Cette explication reste à l'état d'hypothèse pour son cas personnel.

Elle ouvre néanmoins une réflexion importante sur la manière dont des manifestations physiques et neurodéveloppementales peuvent se présenter chez une même personne, particulièrement à une époque où les connaissances médicales sur le TDAH étaient beaucoup plus limitées.

Le TDAH peut-il se transmettre sur plusieurs générations ?

Cette question constitue probablement le point le plus solide de l'hypothèse familiale.

Aujourd'hui, l'existence d'une composante génétique importante du TDAH est largement établie. Les études réalisées auprès de familles et de jumeaux montrent que la génétique intervient fortement dans les différences de susceptibilité au TDAH au sein de la population.

Des travaux synthétisés par l'Inserm évoquent une héritabilité d'environ 76 %, tandis qu'une revue de recherche publiée en 2018 retient une estimation proche de 74 %.

Il faut bien interpréter ce chiffre : une héritabilité de 74 % signifie que, dans les populations étudiées et dans leurs conditions environnementales, une part importante des variations de susceptibilité au TDAH est associée à des différences génétiques. Cela ne signifie pas qu'une personne reçoit 74 % de son TDAH de ses parents, ni qu'un enfant a automatiquement 74 % de risques de présenter ce trouble.

Le TDAH possède une architecture génétique complexe, faisant intervenir de nombreux variants, chacun contribuant généralement de manière limitée à la susceptibilité globale. L'environnement, le développement et les interactions entre différents facteurs interviennent également.

Ainsi, lorsque plusieurs membres d'une même famille présentent des caractéristiques attentionnelles ou comportementales similaires, l'hypothèse d'une prédisposition familiale mérite d'être examinée.

Dans le cas Kennedy, les témoignages concernant John Kennedy Jr. et les observations rétrospectives concernant son père rendent cette possibilité intéressante.

En revanche, ils ne permettent pas d'établir que plusieurs générations de Kennedy étaient porteuses d'un TDAH. Il faudrait pour cela disposer d'informations cliniques individuelles suffisamment précises et fiables.

L'histoire familiale ne constitue pas, à elle seule, une preuve génétique.

Le TDAH favorise-t-il réellement les comportements à risque ?

La relation entre TDAH et risque d'accident a été étudiée sur des populations importantes. En 2014, une étude publiée dans JAMA Psychiatry a suivi, à partir de registres nationaux suédois, 17 408 personnes ayant reçu un diagnostic de TDAH.

Les chercheurs ont observé un taux d'accidents graves de transport plus élevé chez les personnes concernées que chez les personnes sans diagnostic de TDAH, y compris après ajustement pour plusieurs facteurs.

L'augmentation relative mesurée était d'environ 47 % chez les hommes et 45 % chez les femmes. Ces chiffres décrivent une différence statistique entre des groupes. Ils n'indiquent pas qu'une personne TDAH provoquera nécessairement un accident, ni que tous les accidents impliquant une personne concernée sont liés à son trouble.

Une autre observation de cette étude concerne les traitements, chez les hommes suivis, les périodes de traitement médicamenteux étaient associées à une diminution du risque d'accident grave par rapport aux périodes sans traitement. L'association correspondait à une réduction de 58 % dans l'analyse comparant chaque personne à elle-même. Cette différence n'était pas statistiquement démontrée chez les femmes de l'étude.

Ces résultats ne permettent pas de prédire ce qui se serait produit dans un accident particulier. Ils montrent cependant qu'une meilleure prise en charge du TDAH peut constituer un élément important de prévention.

Au quotidien, certaines difficultés d'attention peuvent intervenir dans la sécurité : distraction au mauvais moment, mauvaise estimation d'une situation, difficulté à interrompre une action déjà engagée ou réaction précipitée.

L'impulsivité est également une dimension possible du TDAH. Chez certaines personnes, elle se manifeste par des décisions rapides, une recherche de stimulation ou une difficulté à différer une gratification. Chez d'autres, les difficultés prédominantes concernent davantage l'attention, l'organisation ou la gestion des tâches.

Le TDAH possède des manifestations très variables d'un individu à l'autre.

Une personne TDAH peut être particulièrement prudente, anticiper les dangers et développer des routines de sécurité rigoureuses. Certaines personnes compensent d'ailleurs leurs difficultés attentionnelles en préparant leurs déplacements et leurs activités avec beaucoup de soin.

Par conséquent, lorsqu'on cherche à expliquer des comportements de prise de risque, la présence éventuelle d'un TDAH doit être examinée parmi d'autres facteurs, comme la personnalité, l'expérience, le contexte, la fatigue et les pressions sociales.

Le crash de John Kennedy Jr. : que dit l'enquête officielle ?

Pour revenir à la question qui a donné naissance à cette réflexion, il existe un document essentiel : le rapport du National Transportation Safety Board, ou NTSB, l'organisme américain chargé des enquêtes sur les accidents de transport.

L'enquête sur le crash du 16 juillet 1999 a étudié le parcours de John Kennedy Jr., sa formation de pilote, les conditions météorologiques et les dernières minutes du vol.

Il possédait une licence de pilote privé et avait déjà effectué plusieurs trajets dans cette région. Il suivait également une formation complémentaire au pilotage aux instruments, qui permet notamment de voler lorsque les repères visuels extérieurs deviennent insuffisants.

Cette formation était encore inachevée au moment de l'accident.

Le vol se déroulait de nuit, au-dessus de l'eau, dans des conditions de visibilité réduite par la brume. L'horizon naturel pouvait devenir difficile à distinguer.

Or, lorsqu'un pilote perd ses repères visuels, ses sensations corporelles peuvent lui donner une impression erronée de l'attitude ou des mouvements de l'appareil.

C'est le phénomène de désorientation spatiale. Les données de l'enquête ont montré que l'avion avait entrepris une descente dont le contrôle s'était progressivement dégradé, jusqu'à l'impact avec l'océan.

Le NTSB a conclu que la cause probable de l'accident était la perte de contrôle de l'appareil par le pilote lors d'une descente nocturne au-dessus de l'eau, en raison d'une désorientation spatiale. L'obscurité et la brume ont été retenues comme facteurs contributifs.

Aucune défaillance mécanique préalable susceptible d'expliquer l'accident n'avait été mise en évidence. Le rapport officiel ne retient pas le TDAH comme cause de l'accident.

Pour autant, l'hypothèse évoquée dans Hollywood Autopsy soulève une interrogation distincte : les caractéristiques attentionnelles et décisionnelles de John Kennedy Jr. ont-elles pu influencer sa préparation du vol, son appréciation du risque ou certaines décisions prises avant le décollage ?

La question mérite d'être posée, mais les éléments disponibles ne permettent pas d'y répondre de manière certaine. Il faudrait notamment pouvoir établir précisément son état clinique au moment du vol, les facteurs ayant influencé ses décisions et la relation entre ces éléments et les événements techniques constatés.

Une famille marquée par la recherche de réussite et la pression de l'héritage

L'histoire des Kennedy mérite également d'être replacée dans son environnement familial.

Joseph Kennedy Sr., patriarche de la famille, nourrissait de grandes ambitions pour ses enfants. La réussite politique, la compétition, le prestige et l'idée de servir la nation occupaient une place centrale dans leur éducation.

La biographie de Joseph Kennedy Jr. publiée par le National Park Service américain souligne notamment les attentes considérables placées très tôt sur le fils aîné. Les enfants Kennedy grandissent dans un milieu privilégié où l'excellence est encouragée, où les échecs peuvent devenir publics et où la réputation familiale prend une importance particulière.

Dans un tel contexte, certaines attitudes peuvent être renforcées par l'éducation et les modèles familiaux. Le goût de la compétition peut être valorisé, la recherche d'exploits encouragée et la prudence parfois moins admirée que l'audace.

Ces facteurs sociaux peuvent se combiner avec des traits individuels, qu'ils soient associés ou non à un trouble neurodéveloppemental. Un comportement téméraire peut ainsi provenir d'une recherche de sensations, d'une confiance excessive en ses capacités, d'une habitude familiale de relever des défis ou de plusieurs éléments simultanément.

C'est également la raison pour laquelle il serait réducteur d'associer automatiquement les comportements observés chez les Kennedy à une origine génétique. La personnalité se construit dans une histoire familiale, un environnement et une époque. La présence d'un TDAH éventuel peut influencer certains comportements sans déterminer à elle seule les choix d'une existence.

Ce que cette histoire nous apprend sur le regard porté sur le TDAH

Lorsqu'on parle du TDAH, les représentations oscillent encore souvent entre deux portraits très éloignés : celui d'une personne considérée comme désorganisée ou imprudente, et celui d'un individu à qui l'on attribue systématiquement des capacités extraordinaires.

L'histoire des Kennedy montre combien il est difficile de comprendre un fonctionnement humain à travers quelques comportements isolés.

John Fitzgerald Kennedy était décrit comme distrait, agité et désordonné dans certains domaines, tout en possédant une grande capacité de mémorisation pour les sujets qui mobilisaient son intérêt. Il a exercé les plus hautes responsabilités politiques de son pays malgré une santé fragile.

Son fils John a connu des difficultés scolaires et a dû franchir plusieurs obstacles avant de construire sa carrière professionnelle. Il a également développé ses propres projets dans un environnement où il aurait pu se contenter de vivre sur son héritage familial.

Les difficultés rencontrées par une personne TDAH ne résument jamais l'ensemble de ses capacités. L'intelligence, la réussite sociale ou le prestige ne constituent aucune garantie contre les difficultés de fonctionnement exécutif.

On peut être capable de gérer des dossiers complexes et oublier régulièrement ses affaires. On peut réussir une carrière exigeante et rencontrer des difficultés dans l'organisation de la vie quotidienne. On peut avoir une connaissance approfondie d'un domaine et rester vulnérable à certaines erreurs d'attention.

Ces décalages sont souvent difficiles à comprendre pour l'entourage, particulièrement lorsqu'une personne paraît compétente dans d'autres situations.

L'hypothèse d'un TDAH chez JFK père, et les témoignages concernant le diagnostic de son fils, rendent cette dimension particulièrement intéressante.

En revanche, il serait profondément injuste envers les personnes TDAH d'utiliser cette histoire pour présenter leur fonctionnement comme une prédisposition inévitable aux comportements dangereux.

Le trouble ne détermine ni la moralité, ni la responsabilité, ni la destinée d'un individu.

Les connaissances actuelles permettent précisément de mieux identifier les difficultés, de développer des stratégies adaptées et de proposer, lorsque cela est indiqué, des traitements qui peuvent améliorer le quotidien et réduire certains risques.

Combien de personnalités historiques, présentées autrefois comme distraites, excessivement actives, désordonnées ou incapables de ralentir, seraient aujourd'hui examinées sous un angle neurodéveloppemental ?


Sources et références

  1. Hollywood Autopsy — JFK Junior (2022), documentaire présenté par le Dr Michael Hunter, diffusé sur Planète+ Crime. Présentation de l'épisode.

  2. Wade M. Nye (2005), ADD: The Real Kennedy Curse? Lire le texte original en PDF.

  3. Kasahara S., Matsudaira K., Sato N., Niwa S.-I. (2022), Attention-Deficit/hyperactivity disorder and centralized pain: A review of the case of John F. Kennedy, Clinical Case Reports, 10(10), e6422. Étude scientifique complète.

  4. Edward Klein, Vanity Fair (2003), How the Marriage of John F. Kennedy Jr. and Carolyn Bessette Unraveled. Article et témoignages biographiques.

  5. National Transportation Safety Board (NTSB), rapport officiel de l'accident aérien du 16 juillet 1999, référence NYC99MA178. Consulter le rapport d'enquête.

  6. Faraone S. V. et collaborateurs (2021), The World Federation of ADHD International Consensus Statement: 208 Evidence-based Conclusions about the Disorder, Neuroscience & Biobehavioral Reviews. Consensus scientifique international.

  7. Inserm, Neurobiologie du trouble déficit de l'attention/hyperactivité, médecine/sciences, 2010. Présentation des connaissances sur l'héritabilité.

  8. Chang Z. et collaborateurs (2014), Serious Transport Accidents in Adults With Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder and the Effect of Medication, JAMA Psychiatry. Étude sur le risque d'accidents et les traitements.

  9. National Park Service, Joseph Patrick Kennedy Jr.: A Dream Unfulfilled. Présentation historique de son parcours et de son engagement militaire.

  10. PBS — American Experience, Edward Moore Kennedy. Biographie historique et documentation sur l'accident de Chappaquiddick.